Les défaites en Fed Cup d'Alizé Cornet se comptent comme des cicatrices béantes. Six matches, six échecs et autant d'occasions manquées. Face à Bethanie Mattek-Sands, la Française a montré tous les symptômes d'une joueuse tétanisée pour finir par s'incliner (7-6 [7], 7-5 en 2h03') lors du premier match opposant la France aux Etats-Unis. Sous le regard d'Amélie Mauresmo, venue soutenir ses copines, elle vient de vivre un nouveau cauchemar. «J'étais trop nerveuse. Je prends tout cela bien trop à coeur et cela se retourne contre moi. Ce n'est pas le bon stress qui fait bien jouer, c'est au contraire, le stress qui tétanise et fait perdre ses moyens, analyse la Tricolore, les larmes aux yeux, après sa défaite. A l'intérieur, j'étais vraiment à bout. J'avais tellement envie de bien faire et cela ne marchait pas.»
Premier symptôme : le petit bras. Ses frappes ne se libèrent pas, elle joue court, elle force sur sa première balle de service (48% de premières balles au premier set et 54% au total) et elle laisse l'Américaine dicter le jeu avec son coup droit et ses amorties de revers (31 points gagnants pour Bethanie Mattek contre 17 pour Alizé Cornet). «Je joue trop court, je suis trop défensive, pas assez agressive. Quand je suis très stressée, au lieu d'essayer de tenter des choses, je me replie complètement sur moi-même et je veux juste mettre la balle dans le court, résume Alizé Cornet, qui a le mérite de toujours honorer les sélections malgré ses difficultés dans la compétition. Contre des filles agressives comme Mattek, j'aurais joué un peu plus long avec un peu plus de volume, cela aurait été un match différent. Cela m'a un peu tétanisée et au bout d'un moment, je me liquéfie. J'essaie de ne pas trop montrer mes émotions, mais c'était terrible à l'intérieur. Cela bouillonnait.»
«J'ai joué un set en totale souffrance. C'est tout à l'intérieur de moi. Tant que je n'arriverai pas à gérer mes émotions, je n'arriverai pas à m'en sortir.»
Deuxième symptôme : les occasions manquées. Dès qu'elle peut lâcher ses frappes et maîtriser le jeu avec son coup droit lifté, elle mène rapidement 5-2 en enchaînant cinq jeux d'affilée. Puis elle se retrouve avec trois balles de set à 0-40 sur le service adverse. Sur la première, elle rate son retour de coup droit. Sur la deuxième, elle malmène Bethanie Mattek-Sands dans l'échange, il reste qu'à conclure. Et c'est bien toute la difficulté : conclure. Son attaque de revers termine dans le couloir. Sur la troisième, son passing de revers atterrit encore dans le couloir. Les mots de son capitaine, Nicolas Escudé, ne suffisent pas : «Nicolas (Escudé) fait de son mieux. Il essaie de me dire de bien souffler et d'être agressive. Il me l'a répété tout le match. Mais ma nature est plus forte que tout. Au tie-break, si j'avais été un tout petit peu plus agressive sur ses secondes balles, cela serait passé. J'ai perdu beaucoup de matches comme ça, mais je n'en ai pas perdu assez pour que cela me serve de leçon. Si je rejoue demain, je n'aborderai pas le match de la même manière. Quitte à faire plus de fautes, je tenterai plus de choses. »
Troisième symptôme : le manque de lucidité. Dès qu'elle trouve de la longueur, le poids de son lift fait exploser le coup droit de l'Américaine. «La torture était sur le court. J'ai joué un set en totale souffrance. C'est tout à l'intérieur de moi. Tant que je n'arriverai pas à gérer mes émotions, je n'arriverai pas à m'en sortir, constate Alizé Cornet. Cela s'est joué à rien ce match, mais c'est largement gagnable pour moi.» Mais le stress revient la paralyser et au tie-break, elle revit le même scénario. Elle mène cinq points à trois puis s'offre une quatrième balle de set à sept points à six. L'Américaine sert une petite seconde balle, Alizé Cornet n'ose pas l'attaquer et se retrouve embarquer dans le schéma préféré de son adversaire : amortie de revers suivie d'un passing gagnant. Elle vient de laisser passer sa chance et sa souffrance se poursuit dans la deuxième manche. Elle se bat, garde une attitude positive, mais elle n'arrive pas à laisser partir ses frappes. Sur une dernière faute de coup droit, elle quitte le court l'âme en peine et le coeur lourd. L'effet Fed Cup l'a encore paralysée. Mais elle ne fuit pas ses responsabilités.
Sophie DORGAN, à Liévin

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