David Skrela et Byron Kelleher. Telle était la charnière du Stade Toulousain samedi. Avec Frédéric Michalak hors-jeu et Jean-Baptiste Elissalde insuffisamment remis d'une blessure aux adducteurs, c'était la seule association véritablement possible pour Guy Novès. On était loin de la richessse de début de saison, quand le manager toulousain n'avait - sur le papier - que l'embarras du choix pour composer sa charnière.
En fait, ce choix, Novès ne l'a jamais réellement eu. David Skrela a passé cinq mois à l'infirmerie et n'a pu jouer qu'à partir de janvier. En février, Jean-Baptiste Elissalde se blessait avec les Bleus. Il n'a plus disputé un match en entier depuis. Enfin le 6 mars, Frédéric Michalak entrait à l'infirmerie, saison terminée, à cause d'un genou défaillant. Seul Byron Kelleher restait sur le pont. Son association avec David Skrela s'imposait donc en finale.
David Skrela : «J'ai ce don de bien commencer les matches en me mettant immédiatement la pression»
Si le résultat final fut une apothéose, le début de la rencontre fut bizarre pour l'ouvreur toulousain. Un coup d'envoi initial qui ne fait pas dix mètres et une mêlée au centre pour débuter la rencontre. On pouvait croire à une combinaison pour immédiatement tester le pack biarrot, il n'en était rien. « J'ai ce don de bien commencer les matches en me mettant immédiatement la pression, plaisantait après coup Skrela. Heureusement que j'ai plus de maturité que les dernières années et que je ne gamberge pas trop après coup ».
De fait, après une première pénalité qui échouait sur un poteaux, Skrela réglait la mire et se révélait impérial face aux perches (quinze points). Mais surtout, il a montré un visage résolument plus offensif que celui que l'on lui connaissait. Attaquant la ligne dès que possible, trouvant rapidement Yannick Jauzion pour lancer l'offensive, il dirigeait de main de maître les trois-quarts toulousains. «C'était les consignes. On m'avait demandé de mettre un maximum de rythme car on savait que Biarritz, contrairement à nous, n'avait pas joué depuis trois semaines. Et cela a payé car on a vu qu'ils étaient moins virulents en seconde période. Au fur et à mesure, notre envie de faire vivre la balle a payé ».
Economisé la semaine dernière en demi-finale de Top 14, Byron Kelleher avait également contribué à la victoire toulousaine. Dans un registre moins dévastateur que par le passé, le Néo-Zélandais a quand même pesé sur la rencontre. Problème constant pour le premier rideau défensif adverse, collant à ses gros, Kelleher s'est appliqué à faire jouer autour de lui. «Je suis plus un joueur de relais maintenant. Je suis plus au service du collectif », reconnaissait-il. Il n'empêche, le bison a quand même livré plusieurs charges dantesques et n'a jamais hésité à aller au contact, seul contre trois, lorsqu'il fallait anéantir une tentative de maul.
Car si la charnière toulousaine a bien animé le jeu, elle ne s'est jamais économisée en défense. Premier attaquant, David Skrela était souvent le premier défenseur, un exercice qu'il affectionne particulièrement. Se jetant dans les jambes des attaquants ou s'offrant en sacrifice, il n'était pas loin d'être exemplaire.
Toulouse menant au score, Kelleher s'autorisait plus de décisions individuelles et pesait encore plus sur la défense biarote. De son côté, Skrela se mettait à plus user de son jeu au pied, notamment sur de nombreuses chandelles sous lesquelles Yannick Jauzion se révélait imbattable et en claquant deux drops salvateurs en début de seconde période. L'ouvreur ajoutait un peu de roublardise à sa panoplie en faisant un arrêt de volée à cinq minutes de la fin de la rencontre qui permettait aux siens de se replacer tranquillement, mais surtout de gagner de précieuses secondes. Skrela - Kelleher. Le choix unique pour cette finale s'est donc avéré un choix gagnant. - Bertrand LAGACHERIE, à Saint-Denis

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