Il n'aime pas «vendre du vent» et il se livre difficilement. Alors il fera fi de la pédagogie, quitte à ne rien corriger de son image. Tous ceux qui ont côtoyé Claude Puel résument sa philosophie de jeu en une formule : «imposer son jeu quel que soit l'adversaire» (Lamouchi). Mais peut-on faire comprendre qu'en football, on peut imposer son jeu sans s'installer dans le camp adverse avec le ballon ? Sans même l'avoir, le ballon ? Qu'il peut suffire, avec une équipe intelligente et disciplinée, d'obliger l'autre à jouer comme on le veut tout en astiquant paisiblement ses propres armes ? De ses six années passées à Lille, le nouveau coach de Lyon a cultivé le portrait d'un entraîneur défensif, opportuniste («il s'adapte aux joueurs qu'il a» conviennent ses connaissances) et obsédé par l'adversaire plus que par sa propre identité de jeu. Que le LOSC ait terminé deuxième meilleure attaque en 2005 et 2006 n'y a rien changé. Que Puel ait été l'architecte de l'un des plus beaux champions de France des vingt dernières années, Monaco en 2000, a été oublié. Claude Puel, c'est aussi le quatuor Gallardo - Giuly - Simone - Trezeguet en mouvement, avec Lamouchi en rampe de lancement. France Football avait titré : «L'équipe parfaite». Fera-t-il la même chose à Lyon? On en est encore loin, même si Puel confessait à l'époque une certaine admiration pour l'équipe rouleau-compresseur de Gérard Houllier. L'homme, aujourd'hui DTN, théorise le jeu du futur comme axé sur l'offensive.
Une certitude, le style n'est pas l'affaire du Castrais. «Avant tout, l'efficacité, témoigne Sabri Lamouchi, plaque tournante de l'équipe de 2000. C'est un compétiteur.» Autre leitmotiv : la notion d'équilibre. «Ce n'est pas un entraîneur suicidaire, reconnaît Jean-Luc Ettori. Il ne se jettera pas à l'attaque n'importe comment. Tout ce qu'il fait est pensé et réfléchi, avec les armes qu'il a à sa disposition». Conclusion à l'usage de ceux qui craignent un OL défensif : «Il ne demandera pas à Benzema de faire des courses de 80 mètres vers son but.» «A Lille, on ne dit pas qu'il avait une équipe défensive, mais une équipe chiante à jouer, nuance d'ailleurs Ettori. Une équipe qui ne rend pas le ballon, qui vous presse, ne vous laisse pas jouer. A Lyon, il va faire défendre son équipe très haut, pronostique-t-il. Son dada, c'est de ne pas perdre le ballon bêtement et de le récupérer le plus haut possible.» Une façon de procéder qui est la marque de fabrique... du FC Barcelone. «Lyon ne jouera pas de la même manière que Lille, enchaîne Lamouchi après deux matches de L1 qui n'en ont pas encore apporté la preuve. Il a le meilleur effectif de France. Mais pour imposer sa marque, ça prendra du temps. Avec nous, il avait procédé par petites touches, en commençant par la défense.» Comme aujourd'hui... L'Euro aidant, une idée romantique est revenue à la mode : accepter parfois le risque du déséquilibre pour faire plier l'adversaire. Pas son dada, dit Lamouchi. «Je connais peu d'entraîneurs qui acceptent le risque du déséquilibre s'ils prennent cinq buts pour en marquer quatre. A Rennes, l'OM était déséquilibré et je n'ai pas entendu Gerets dire qu'il était content.»
Puel, interrogé sur son projet à l'OL, manie les idées générales et demande la patience. Il parle de «puzzle». Jure qu'il jonglera avec les organisations en fonction de la nécessité, lui qui chérissait à Lille les prudents 4-2-3-1 ou 4-3-2-1. Il veut une équipe qui «dégage quelque chose, plus de liant, (...) doit posséder toutes les réponses possibles et disposer d'une vraie force collective. Pour ça, il faut une âme, et on en est aux balbutiements.» Au Losc, où aucun joueur n'a versé dans la nostalgie après son départ, Grégory Tafforeau dit qu'il s'attend désormais à un jeu «moins calculateur et plus spectaculaire». Dans un entretien croisé paru en décembre 2006 dans So Foot, Puel avait expliqué que la sueur et les larmes étaient la condition sine qua non à l'expression d'une équipe offensive. «La notion de collectif, c'est beaucoup de discipline, disait-il. A l'intérieur, une fois qu'on a fixé les règles et les limites, chacun doit être créatif et jouer sa partition. A un attaquant, si on lui dit d'attaquer mais qu'il a un doute au fond de lui sur la récupération du ballon, il ne libèrera pas l'espace. S'il sait que tout est en place, qu'il peut se reposer sur ses partenaires, alors il va pouvoir se lâcher.» A Lyon, Puel ne demande qu'à lâcher les fauves.

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