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Le 27/02/2010 à 09:38 | Mis à jour le 28/02/2010 à 13:57

JO - Experts

Les bobos du bob

Absent à Vancouver, le bob français est en train de mourir. Il y a désormais urgence pour sauver une discipline qui fit briller la France il n'y a pas si longtemps.
Un bob français aux Jeux olympiques : l'image n'est plus désormais qu'un souvenir.(EQ)
Un bob français aux Jeux olympiques : l'image n'est plus désormais qu'un souvenir.(EQ)

L'image a été furtive. C'était le 12 février dernier lors de la cérémonie d'ouverture de ces Jeux olympiques de Vancouver. Lors du traditionnel défilé des nations, on y aperçut Bruno Mingeon. Il y a quatre ans, le bobeur, champion du monde 1999 à Cortina d'Ampezzo (avec le regretté Emmanuel Hostache, Max Robert et Eric Le Chanony), d'Europe 2000 et médaillé de bronze à Nagano en 1998, avait été désigné porte-drapeau de la délégation tricolore. Un symbole pour ce Plagnard, fils et petit-fils de bobeur, qui disputait ses cinquièmes Jeux. Quatre ans plus tard, l'ancien pilote, réputé pour sa science des trajectoires, a une fois encore participé au défilé. Cette fois comme entraîneur derrière le drapeau... monégasque. Car point de bob tricolore au Canada. Ni lors de l'épreuve de bob à deux en fin de semaine dernière, ni la nuit dernière pour le bob à quatre. Pas un seul équipage n'a en effet été capable d'aller chercher un quota. Et hop, une discipline de balayée (et le curling n'y est cette fois pour rien).

Comme pour plusieurs disciplines, la fédération française de patinage artistique... oups pardon, des sports de glace (on peut parfois confondre) a petit à petit coupé les vivres. Un choix forcément contestable au regard des résultats. Bredouille, pas une seule médaille venue de la glace pour alimenter le tableau des médailles français à Vancouver. Représentants de disciplines souvent livrées à elle mêmes et toujours dans l'ombre, Alexis Contin, 4e du 10 000m, et les relayeurs du short track, 5e la nuit dernière, furent les seuls à se rapprocher du podium.

L'échec de l'opération Barber

Pour le bob, faute d'équipage masculin en Coupe du monde (Thibault Godefroy et Charles Ferraris sont en Coupe d'Europe grâce au soutien de leur club, Albertville et Belfort), l'avenir aurait pu être féminin. L'expérience lancée il y a quelques années avec l'ancienne lanceuse de poids Laurence Manfredi aurait sans doute mérité d'être prolongée. « Avec peu de moyens et de matériels, on avait des résultats encourageants en Coupe d'Europe », rappelle Patrick Faure, responsable de la discipline de 1999 à 2007. Au lieu de ça, on lui a préféré une hasardeuse opération sportivo-communication avec Lesa Stringer une Canadienne de plus de 40 ans qui dans le plan A devait être associée à Eunice Barber. Faute de naturalisation de Stringer, le plan A est tombé à l'eau. Et bien évidemment pas de plan B derrière. Et donc pas de bob.

Au cours des dernières années, plusieurs signaux d'alarme avaient pourtant été tirés. Mais seul le prolongement de la carrière de Bruno Mingeon avait permis de maintenir la discipline sous respiration artificielle. Les machines ont cette fois été arrêtées. Il y a sept ans, face au déclin de sa discipline, Bruno Mingeon déclarait : « Soit on laisse vivoter la discipline et elle va tout doucement mourir, soit on lui redonne un peu de moyens comme on l'a fait avant les Jeux d'Albertville 92. » La première option a été choisie. « Après Turin, on nous a coupé les vivres, précisent Faure. Les aides personnalisées ont été réduites de façon considérable et nous n'avions plus les moyens pour attirer des bons pousseurs. » Et la prédiction de Mingeon s'est réalisée.

Annecy 2018 pour relancer la discipline ?

Il est vrai que le bob coûte cher et que son petit nombre de licenciés (150 environ) ne présente guère d'intérêts électoraux pour un président de fédé. « Il n'y a plus de bob, les clubs se meurent, ça me rend triste, confie Faure. Après les Jeux de Salt Lake, même si nous espérions une médaille qui n'est pas venue, la France était la troisième nation mondiale de bob avec deux équipages dans le top 10. Malheureusement Bruno Thomas (10e des Jeux 2002, un podium en Coupe du monde) a arrêté pour saisir une opportunité professionnelle. Nous n'avions pas les moyens de le retenir. Et faute de concurrence, le niveau a commencé à baisser. » Et le cercle infernal s'est mis en branle. Pas de résultats donc pas de budget. A moins que ça ne soit le contraire.

Quid de l'avenir ? « Il faut qu'un président de club lève le bras, estime Faure. Mais ce sera un travail de longue haleine sur au moins quatre ans en débutant en Coupe d'Europe avant d'aller sur la Coupe du monde. » Reste donc désormais à croire à un miracle et à des Jeux 2018 à Annecy (l'espoir fait vivre paraît-il) qui pourraient permettre de relancer une discipline comme les Jeux d'Albertville l'avaient déclenché pour la génération Mingeon. Et pourquoi pas rêver de voir un jour Mingeon dans un défilé des Nations. Et cette fois comme entraîneur d'un équipage français.

Pascal GREGOIRE-BOUTREAU

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L'EXPERT

Pascal Grégoire-Boutreau

Pascal Grégoire-Boutreau est grand reporter à L'Equipe depuis 1998. Triathlète et pratiquant de trails, raids, etc, il a couvert depuis dix ans de très nombreux sports.
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